Les métiers disparus

A notre époque, on entend parler que de chômage, fermetures d’usines, de délocalisation, etc…
Alors depuis que je suis à la retraite, je travaille bénévolement pour le Ministère du Commerce et de l’Industrie dans le secteur des métiers d’autrefois. En feuilletant dans les Archives Départementales d’AGEN, je suis tombé sur un drôle de travail qui était pratiqué il y a de cela, plusieurs siècles dans notre région.

C’était sous le règne d’Henri IV. A cette époque là, on ne parlait pas de toutes ces maladies qui existent maintenant (vache folle, sida, grippe aviaire, tremblante du mouton … sans compter tous les siphonnés de la timbale.) Non ! Mesdames et Messieurs, à cette époque là, c’étaient des maladies naturelles ou plutôt des tracasseries dues aux parasites (puces, tiques, poux, punaises) et autres bestioles répandues dans la nature.
Les plus terribles étaient les puces. Les années de canicule, cela devenait un véritable fléau. Les gens se grattaient nuit et jour, dormaient très mal, s’énervaient et cela finissait parfois par des disputes familiales, voir des bagarres et même des crimes !
Un jour, un habitant de la Région de Nérac allait tout à fait par hasard trouver la solution à ce problème et par là même créer un nouveau métier.

Ecoutez-moi bien !
Une nuit d’été, alors qu’il prenait le frais devant sa porte après une journée des plus torrides, il eût soudain l’envie de se déshabiller, ce qui fût fait aussitôt. Puis il s’allongea nu auprès de ses vêtements remplis de puces. A côté de lui dans l’herbe, il aperçut un vers luisant. Machinalement, il le prit et le posa sur son ventre. Histoire de s’amuser (passer le temps). Qu’elle ne fût pas sa surprise quelques secondes après, de voir les puces attirées sans doute par la lumière du vers luisant, se mettre à sauter sur son ventre et notre homme, dans un réflexe naturel, les tua les unes après les autres et se débarrassa ainsi de ces diables de parasites.
Comme il était très intelligent, il n’en resta pas là. Renouvelant plusieurs fois l’expérience sur lui-même, les membres de sa famille, les amis et les voisins Chaque fois cela marchait !

La nouvelle se répandit bientôt comme une trainée de poudre dans toutes les régions. On venait de partout, au point que notre homme ne faisait plus que ça ! C’était devenu un métier reconnu et inscrit dans les registres du travail sous le nom de « Dépuceleur » (depuis le nom a été galvaudé et vous allez voir pourquoi par la suite.)
Les gens ne parlaient plus que de ça et à notre époque cela nous aurait sans doute fait sourire d’entendre les jours de foire par exemple. Deux hommes discutant ensemble, l’un demandant à l’autre « je n’ai pas vu ta femme depuis quelques jours ! » « Elle n’est pas là », répondait l’autre, « elle est allée se faire dépuceler chez ce type là bas du côté de NERAC.  Elle en avait assez de se gratter du matin au soir, il paraît que c’est au point et je me demande si je ne vais pas y aller moi-même ! »
Il y avait tellement de travail dans ce métier que notre homme fût obligé d’embaucher. Les uns ramassaient les vers luisants et les autres s’occupaient des clients. Mais voilà, toute réussite a son revers de médaille. Parmi les employés, il se trouvait un certain « Jeannot », un brave, gai, vaillant, honnête sauf qu’il avait la réputation d’être un « chaud lapin ».

Un jour, un riche vigneron du Bordelais devait marier sa fille avec le fils du seigneur des environs. La jeune fille était très belle,  mais couverte de puces qui la harcelaient nuit et jour, et pour le mariage, ça la foutait mal ! Aussi, notre viticulteur décida de l’emmener en Pays d’Albret afin de la débarrasser de ces parasites.
Un soir du mois d’Août 1572, il arriva donc à l’adresse indiquée et confia la future mariée aux bons soins de nos spécialistes. C’est « Lou Jeannot » qui fût chargé de l’opération. Dans une pièce de l’entreprise (car c’était devenu une entreprise) « Lou Jeannot », la nuit venue, fit déshabiller la jeune fille, déposa les vers luisants sur son corps et attendit que les puces se manifestent. Un rayon de lune passait par la fenêtre, éclairait le corps de la belle vigneronne qui était une beauté à vous couper le souffle. « Lou Jeannot » ne tenait plus en place et la future mariée non plus. Et ce qui devait arriver arriva ! Adieu les puces, bonjour l’amour !
Après une nuit de folie, le père récupéra sa fille, débarrassée de ces parasites, heureuse comme un pinson et tout le monde s’en retourna dans le vignoble bordelais.
Le mariage eût lieu quinze jours plus tard en grandes pompes et la fête fût somptueuse. Mais le lendemain, les choses se gâtèrent. Le marié qui n’était pas tombé de la dernière pluie, s’aperçût que son épouse n’était plus vierge, et à cette époque là, on ne badinait pas avec ces choses là ! Ce fût un scandale épouvantable. On réunit les familles, l’évêque, l’inquisiteur et on questionna la malheureuse jusqu’à ce qu’elle avoue !
On arrêta le pauvre Jeannot. On ferma l’entreprise et le métier fût interdit ! Jeannot  fût condamné à être brulé vif pour sorcellerie et ne dût sa vie sauve qu’au bon Roi Henri  IV pour qui  il avait travaillé et débarrassé lui aussi de ses puces.

Plus jamais on n’entendit parler du métier de dépuceleur mais par contre au fil des siècles, lorsqu’une jeune fille perdait sa virginité : quelques mauvaises langues disaient « Te, elle a du aller voir le type là bas du côté de Nérac ».

Pierre GALLIO - Roi des Menteurs

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